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© Javier SORIANO - Photographe : AFP/Archives

mercredi 13 juin 2018

Mondial-2018: stupeur et tremblements en Espagne après l'éviction de Lopetegui

Javier SORIANO - Photographe : AFP/Archives
Le sélectionneur démis de ses fonctions à la tête de l'équipe d'Espagne Julen Lopetegui à la Cité des Sports espagnole, le 23 avril 2018 à Las Rozas, près de Madrid

À deux jours de ses débuts dans le Mondial! L'éviction mercredi du sélectionneur de l'Espagne Julen Lopetegui, dont l'annonce mardi du départ au Real Madrid a ulcéré la Fédération, a plongé le pays dans la stupeur.

Dans un pays où le "futbol" est roi et la "Roja" son ambassadrice, la nouvelle a fait l'effet d'une bombe. D'autant plus que la sélection, éliminée à l'Euro-2016 en huitième de finale après son triplé historique Euro 2008/Mondial-2010/Euro-2012, aborde cette Coupe du monde parmi les favoris.

Près du stade Santiago-Bernabeu, Juan José Borrego, technicien informatique de 23 ans, n'en revient pas: "ce ne sont pas des façons de faire de la part du Real et de Lopetegui, et ce ne sont pas des façons de faire à deux jours du Mondial".

"Virer Lopetegui, d'un côté c'est mal, et de l'autre aussi", dit-il.

"La Fédération a réagi comme une vierge effarouchée en disant +la Fédération ne peut pas le permettre+", fulmine pour sa part Maria Angeles Lopez, employée administrative à la retraite de 65 ans. Mais "on ne parle pas de la Fédération, on parle de l'Espagne! (...) Elle aurait dû faire ce qui était le mieux pour l'Espagne et pas tout mettre sens dessus dessous".

- 'La pire des solutions' -

À la mi-journée, l'annonce du départ de Lopetegui par le président de la Fédération espagnole (RFEF) Luis Rubiales depuis la Russie a immédiatement fait la Une des sites Internet de la plupart des quotidiens, reléguant au second plan la condamnation à la prison du beau-frère du roi Felipe VI ou l'arrivée prochaine des migrants de l'Aquarius.

"De toutes les mauvaises solutions" qu'aurait pu choisir la RFEF, "c'est la pire", a jugé auprès de l'AFP Alfredo Relaño, directeur du quotidien sportif As.

"Nous nous faisons remarquer par tout le monde", regrette-t-il.

Pour Alfredo Relaño, cette révolution à la tête de la Roja en dit aussi beaucoup sur le déséquilibre des forces entre l'équipe nationale et les clubs comme le Real, équipe à l'aura planétaire tout juste auréolée d'une troisième Ligue des champions consécutive.

PIERRE-PHILIPPE MARCOU - Photographe : AFP
Le nouveau sélectionneur de l'équipe d'Espagne Fernando Hierro en conférence de presse le 13 juin 2018 à Krasnodar

La décision du Real Madrid d'annoncer juste avant le Mondial le recrutement de Lopetegui, qui venait pourtant de prolonger son mandat à la tête de la Roja, est un "boulet de canon envoyé à la sélection".

Le "Real a un statut symbolique. C'est, en exagérant un peu, une institution centrale de la nation" et "une attaque du Real contre la sélection est très mal venue". Si c'était le Barça catalan qui avait fait cela, "on aurait presque pensé à un sabotage nationaliste", souligne-t-il.

Face à ce coup de tonnerre, le capitaine de la Roja, et du Real, Sergio Ramos a tenté d'éteindre l'incendie à deux jours du premier match face au Portugal de Cristiano Ronaldo.

"Nous sommes la sélection, nous représentons un écusson, des couleurs, des supporters, un pays. La responsabilité et l'engagement sont avec vous et pour vous. Hier, aujourd'hui et demain, unis. Allez l'Espagne", a-t-il écrit sur Twitter.

- 'Je ne nous vois pas gagner le Mondial' -

L'ancienne vedette de la "Roja" (et du Barça...) Xavi Hernandez, interrogé par le quotidien sportif Marca a lui approuvé la décision du président de la Fédération: "cela a été une surprise pour tout le monde mais Rubiales a très bien réagi. Il a pensé à la Fédération qui doit toujours être au-dessus des personnes".

Et maintenant? Avec Fernando Hierro nommé dans l'urgence à sa tête, quelles sont les chances de la sélection?

Les joueurs "peuvent se resserrer autour de Hierro" et il y a eu aussi "des cas d'autogestion d'équipes qui ont réussi grâce à la cohésion" entre les membres, veut croire Alfredo Relaño.

"Si nous avions de grandes chances, là, elles sont beaucoup plus minces", souffle Juan José Borrego. "Nous en avons encore car nous avons de très bons joueurs (...) mais je ne nous vois pas gagner le Mondial après cet inconvénient"