Foot

© FRANCK FIFE - Photographe : AFP/Archives

jeudi 24 mai 2018

Mondial-2018: les Bleus, cette bande de jeunes

FRANCK FIFE - Photographe : AFP
Les joueurs de l'équipe de France à vélo dans le cadre de leur préparation pour le Mondial russe, le 23 mai 2018 à Clairefontaine

Adrien Rabiot a sans doute commis une erreur de jeunesse en refusant d'être suppléant: le visage juvénile de l'équipe de France au Mondial-2018 comporte une part de risque, et accentue encore le rôle dévolu aux cadres.

Parmi les 23, neuf joueurs comptent moins de dix sélections, pour une moyenne d'âge légèrement inférieure à 26 ans. De la Coupe du monde 2014 au Brésil, il reste six survivants (Lloris, Varane, Matuidi, Pogba, Giroud et Griezmann) et de l'Euro-2016 achevé en finale au Stade de France, neuf.

"Comparativement à d'autres équipes, le Brésil, l'Espagne ou l'Allemagne, au niveau compteur de sélections, on en a beaucoup moins. Après, l'ambition, on l'a, mais il faudra le démontrer sur le terrain", souligne Didier Deschamps.

Depuis deux ans, le sélectionneur a largement ouvert la porte. Certains sont déjà incontournables, comme le petit prodige parisien Kylian Mbappé, 19 ans seulement.

D'autres ont créé la surprise, à l'image de Benjamin Pavard, 22 ans et convoqué pour la première fois en novembre dernier, à un poste de latéral droit relativement sinistré en sélection.

Pour le Mondial, Deschamps n'a pas changé de stratégie. Il a ainsi à nouveau fait appel au jeune défenseur de Stuttgart, alors que Mathieu Debuchy, 32 ans et 27 sélections, refaisait parler de lui à Saint-Etienne.

- 'Se forger un caractère' -

Au total, ils sont quatorze néophytes en grande compétition internationale.

"C'est une génération qui n'a pas peur de l'échec", loue l'entraîneur-adjoint Guy Stéphan, interrogé par l'AFP. "Quelqu'un comme Ousmane Dembélé est capable de rater trois ou quatre dribbles de suite et réussir le cinquième. C'est aussi une génération qui n'a pas peur de s'expatrier. A 21 ans, ils ont déjà fait trois pays. Ca n'arrivait jamais avant."

FRANCK FIFE - Photographe : AFP/Archives
Le jeune attaquant des Bleus Kylian Mbappé buteur contre la Russie en match amical de préparation du Mondial à Saint-Pétersbourg, le 27 mars 2018

"Après, c'est une génération qui zappe beaucoup, qui a une faculté de concentration peut-être moins importante. Il faut en tenir compte dans les séances vidéo ou dans les causeries", nuance le bras droit de Didier Deschamps.

Les Bleus vont-ils être pénalisés par ce manque d'expérience au plus haut niveau ? Le sélectionneur a en tout cas accusé le coup début mai en apprenant le forfait de Laurent Koscielny. Le rugueux défenseur d'Arsenal (32 ans, 51 sélections) était "un leader par l'exemplarité, quelqu'un qui humainement et sportivement était très important pour le groupe".

Lors du dernier rassemblement, mitigé avec une défaite contre la Colombie (3-2) avant une victoire en Russie (3-1), la naïveté de cette équipe de France a été évoquée. "C'est bien quand tout est tout beau, tout rose, mais il faut aussi se forger du caractère pour réagir" quand ça va moins bien, avait commenté Olivier Giroud.

FRANCK FIFE - Photographe : AFP
Le jeune défenseur Benjamin Pavard arrive à Clairefontaine, résidence de l'équipe de France, pour la préparation du Mondial, le 23 mai 2018

Hormis Deschamps, quels peuvent être les aboyeurs, les patrons chargés de guider toute cette troupe de jeunes talents ?

Du haut de ses 96 sélections, Lloris est le plus expérimenté. Comme l'a confié à l'AFP l'entraîneur des gardiens Franck Raviot, le capitaine des Bleus est un "leader par ses performances" et parle "à bon escient", même si ce n'est pas "quelqu'un qui va crier fort et parler haut".

- Pogba veut prendre les rênes -

Les regards se tournent aussi vers les deux vedettes de cette équipe, Antoine Griezmann et Paul Pogba.

"Leader, patron, non ça ne m'intéresse pas", a répondu Griezmann au mois de mars, alors que Deschamps le présente régulièrement comme "le leader technique" de son équipe. "Je veux être libre sur le terrain comme je le suis. Je veux être heureux comme je le suis," a-t-il souligné.

Paul Pogba, parfois critiqué pour ses performances inconstantes en Bleu, a de son côté récemment expliqué sur Canal Plus qu'il voulait "prendre les rênes de l'équipe de France" et "essayer d'être patron, sur le terrain et en dehors du terrain".

FRANCK FIFE - Photographe : AFP/Archives
Le milieu des Bleus Paul Pogba partage sa joie avec Kyllian Mbappé et Lucas Hernandez après son but face à la Russie à Saint-Pétersbourg, le 27 mars 2018

Il y a aussi le grognard Blaise Matuidi, 31 ans, souvent lancé en conférence de presse par le sélectionneur pour montrer la voie. Le vice-capitaine Raphaël Varane semble d'un naturel plus réservé, quand Giroud reconnaît qu'il n'a pas spécialement le goût aux prises de parole dans le vestiaire.

Un problème en Russie ? "C'est la tendance médiatique de dire qu'il manque des leaders, mais on ne fait pas les résultats qui ont été réalisés s'il n'y a pas de leaders", assure l'ancien international Florent Malouda. "J'ai toujours en tête l'Euro, c'est la compétition qui compte. A l'Euro, quand on voit le parcours, les matches à pression, des joueurs se sont révélés, ont pris leurs responsabilités, après on peut toujours faire mieux, mais il ne faut pas non plus s'autoflageller".